Chapitre 3 - Les Ulaths, de Tritard à la Montagne de Brumebleue

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Chapitre 3 - Les Ulaths, de Tritard à la Montagne de Brumebleue

Message par Squish le Jeu 16 Juin - 14:21


1ère partie - Un matin à Tritard (1/2)

Lorkoch écarta l’épaisse toile de tente, sortit puis inspira un grand coup en profitant de la brise matinale. Il réajusta sa besace, faisant jouer des reflets de lumière orange que l’aube projetait sur les plaques de métal qui parcouraient ses bras gris anthracite. L’air lourd et chargé d’humidité déposait de fines gouttelettes de rosée sur ses cornes noires, et Lorkoch fit craquer ses articulations en traînant son regard sur la brume épaisse ramassée derrière le fer et le bois des hauts remparts du camp. A cette heure-ci, quelques gardes isolés somnolaient sur les tours de guet, et des ronflements épais s’échappaient des tentes.

Lorkoch, comme tous les Ulaths, tenait difficilement en place. A peine levé, il étirait ses muscles puissants tout en marchant lentement, arpentant le chemin de ronde qui longeait l’enceinte intérieur du campement. Ses premières pensées allèrent à Rasal, leur féroce Matriarche, qui lui avait fait l’honneur de sa visite la veille au soir. Il était encore sous le charme de sa beauté, qui n’avait d’égal que sa cruauté. La vénérée Matriarche terrorisait la région, son règne avait assuré la main-mise du clan sur les Plaines Fournaises, des terres hostiles qui rebutaient n’importe quel envahisseur venu de l’extérieur. Des brouillards brûlants s’y levaient sans crier gare, ses étendues désertiques regorgeaient de dangers imprévisibles comme les geysers enflammés, les nappes de laves mouvantes…Seuls les Ulaths avaient été à même de dompter ces contrées, et le monde le savait grâce à Rasal.

Lorkoch continuait sa promenade matinale, et arrivait à hauteur des bognis, les yaks des Plaines Fournaises, utilisés dans le transport de bagages et de marchandises. De longs poils recouvraient leur ventre dur et rocailleux, et leurs cornes chromées saillaient au dessus de leur mufle vaporeux et bruyants. La plupart étaient sellés.

Rasal tenait à lancer au plus vite une campagne de raids hors des terres Ulaths. Les autochtones de la région étaient totalement soumis et vivaient dans la peur, plus rien ne se dressait sur la route du clan, qui commençait à s’ennuyer ferme. Une seule chose retenait encore les troupes à Tritard et rendait la Matriarche particulièrement irritable; un unique foutu repaire de guerriers belliqueux qui continuaient d’aller librement dans la région, les Boucans. Impossible à dénicher. Ils ne représentaient pas une menace, mais le simple fait de les savoir affranchis du joug du clan était insupportable pour Rasal. Heureusement la situation avait changé depuis peu.

Un garde salua Lorkoch tandis qu’il passait devant la porte d’entrée du camp. Lorkoch reconnut un de ceux qui avaient participé au coup de filet. En effet, malgré leurs précautions, les Boucans étaient finalement tombés dans une embuscade. Un joli groupe avait été fait prisonnier trois jours auparavant, et ses membres bénéficiaient depuis de toute l’attention de Rasal. C’était précisément la raison pour laquelle Lorkoch s’était entretenu avec elle, le soir d’avant. Comme de coutume, la Matriarche était venue chercher en personne un Ulath pour lui attribuer le rôle de tortionnaire. Un nouveau bourreau était désigné chaque jour, et pour aujourd’hui, c’était à Lorkoch de faire la démonstration de ses talents.

2ème partie - Un matin à Tritard (2/2)

Lorkoch rejoignait donc lentement la salle de torture en profitant de la fraîcheur matinale. Si, à l’issue de la séance d’aujourd’hui, les Boucans parlaient, et que leur repaire était découvert, l’affaire était réglée. Rasal materait le dernier groupe libre de la région, et pourrait se concentrer toute entière à l’expansion de la horde hors des Plaines Fournaises.

Lorkoch bifurqua vers le centre du camp, sur le chemin en direction de la Grande Tente de Rasal. Au fur et à mesure qu’il approchait, les silhouettes noires et tremblotantes des « Emblèmes » se précisaient. Les Emblèmes symbolisaient les fait d’armes accomplis sous le commandement de Rasal ; la bannière de chaque clan ayant été asservi dans les alentours de Tritard était plantée devant la tente matriarcale, et au pied de ce trophée on attachait un prisonnier dudit clan, tout juste maintenu en vie. Il était sujet à toutes les humiliations, selon l’humeur des passants, souvent massacrante. S’il succombait à ses blessures, on le remplaçait simplement par un de ses semblables, dont les geôles de Tritard étaient remplies.

Lorkoch s’arrêta devant l’Emblème des Bois de Chaume, une des plus récentes, et toisa un corps mutilé mais encore vigoureux. C’était un rude gaillard que Lorkoch avait pris en affection dernièrement, mais l’ulath, préoccupé par ses obligations, ne s’attarda pas, et ne gratifia le détenu que de quelques massives gifles avant de repartir.

Il flâna un peu, et malgré quelques détours sinueux, Lorkoch arriva à destination plus rapidement qu’il ne l’aurait voulu. La prison était un des seuls bâtiments de pierres et de bois au milieu des tentes. En effet Tritard avait été bâti sur les ruines d’un ancien village, comme si les Ulaths avaient campé juste après avoir envahi les lieux, mais n’étaient jamais repartis. C’était un peu le cas en fait. Ainsi les restes des anciennes bâtisses avaient été exploités, ici pour aménager les geôles, là pour abriter l’armurerie, ou plus loin pour organiser une cantine.

Pour l’heure il était encore trop tôt, et l’unique entrée de la prison était close. Les gémissements en provenance des cages agaçaient déjà Lorkoch, qui tambourinait à la porte, ce qui ne faisait qu’augmenter l’intensité des plaintes. Le geôlier, ce gros sac de Vaïm, dormait encore au sous-sol, sûrement imbibé jusque aux os et sourd à tout l’univers.

La haine de Lorkoch pointait aussi sûrement que le soleil se levait. Il s’assit lourdement sur un banc de pierre, ruminant sur son propre sort. Le soir venu, un tortionnaire désigné par la Matriarche était exécuté s’il n’avait pas rempli sa mission, et elle en choisissait simplement un autre pour le jour suivant, jusqu’à ce que les suppliciés avouent. Pour sûr, le procédé motivait les troupes, chacun donnait son maximum pour que la viande parle. Mais ces Boucans là étaient diablement féroces, et trois frères avaient déjà péri à cause de leur silence obstiné.

Lorkoch n’attendit pas le geôlier plus longtemps. Il se leva, retourna sur la place principale, et se planta devant l’Emblême des Bois de Chaume. Il empoigna le captif et frappa plus fort cette fois, jusqu’à ce que ça craque.


3ème partie - Un risque considéré (1/2)

Dans la salle de torture, au beau milieu de la prison, Lorkoch ne savait plus comment faire taire le prisonnier, plus bavard qu’une commère à son lavoir. Il se débattait sur son pilori, en sueur, les yeux exorbités. La drogue qui l’avait fait avouer l’instant d’avant le faisait maintenant complètement délirer, et Lorkoch l’écoutait parler avec une curiosité amusée de lapins-moutons à six têtes dévoreurs de laitues. De toute façon, l’emplacement du camp des Boucans était désormais connu, et Lorkoch rabattit la cagoule sur les yeux du malheureux en le bourrant de coups pour le faire taire.

En face, un autre captif était attaché à un poteau, passablement mutilé. Vaïm, dont les gestes trahissaient l’ennui de la routine, s’affairait sur le détenu, qui hurlait tandis qu’on lui retirait des fragments de bois plantés dans les genoux. Sans se retourner, le geôlier lança à Lorkoch;

« Elle va s’en apercevoir, tu vas payer si elle l’a mauvaise… ».

Bien entendu, il faisait allusion à l’utilisation de la décoction de mousse rouge, des lichens en provenance des Mares Desséchées.

« Et alors, je sais bien ! Voilà que tu t’occupes des questions d’honneur maintenant, avec tes cornes sciées au ras du crâne… », ricana Lorckoch en retour.

Vaïm ne répondit pas. C’était un lourdaud aux idées courtes. Ses écarts légers mais constants lui avaient coûté ses cornes très jeune, et il n’avait survécu qu’en s’acquittant des besognes les plus serviles. Chez les Ulaths, ce genre de comportement n’allongeait l’espérance de vie que le temps qu’on vous remplace, mais Vaïm avait su se faire oublier dans le cloaque des cellules de la prison, et il endurait sa condition en affichant une loyauté sans faille, obligée et permanente. Ce faisant, il n’aimait pas que l’on mette en péril sa tranquillité.

Et justement, la drogue qu’avait utilisé Lorkoch sur le prisonnier était une excellente source d’ennui. Durement réprimée, son utilisation provoquait des hallucinations ambiguës, qui décuplaient l’affection du consommateur. Un tel voyait une simple bûche devenir sa fille adorée, un autre reconnaissait l’amour de sa vie dans n’importe quel visage crasseux. Sous l’effet du poison, le Boucan n’avait pas assisté au supplice d’un simple quidam, mais bien à celui de sa bien-aimée, ou à quelque autre vision nécessairement insupportable dans de telles conditions.

Cette technique faisait tout avouer, mais restait interdite, et si Lorkoch se savait sur le fil, il estimait que les informations en valaient la peine. A tout prendre, risquer sa vie ou son honneur était digne de la Matriarche, et des informations de première main étaient toujours le meilleur remède pour prévenir sa colère. En fait, Lorkoch n’espérait perdre qu’un petit bout de corne dans l’affaire, ce qui était un calcul réaliste.

« On ne devrait pas cacher les.. » commença Vaïm en désignant le matériel d’alchimie.

« Non », coupa sèchement Lorkoch.


4ème partie - Un risque considéré (2/2)

Quelques minutes passèrent, puis les bottes de la garde retentirent dans les couloirs, annonçant l’arrivée de Rasal. La silhouette de la Matriarche se découpait dans l’embrasure de la porte tandis qu’elle entrait lentement dans la pièce. Enveloppée d’une robe légère qui, sans outrepasser de justesse la bienséance, dévoilait un corps élancé et puissant, elle dodelinait de la tête comme pour feindre l’impatience, en jouant avec sa coiffe où s’entremêlaient tresses de cheveux et rubans de tissus. Son comportement, systématiquement indéchiffrable, contribuait de garder l’attention de ses sujets rivée sur elle.
Sa main caressait donc le mur, en même temps que son regard acéré parcourait la pièce, lentement, de pierre en pierre, de flambeau en flambeau, pour enfin se poser sur Lorkoch, figé telle une statue au garde à vous. Elle détailla l’ulath de la tête aux pieds, puis reporta son attention sur la table, le matériel d’alchimie, la potion vide, et le rapport de la séance.
L’atmosphère pourtant étouffante de la crypte devenait glaciale, et une tension palpable s’installait.
Rasal approcha en fixant Lorkoch de ses grands yeux jaunes, et s’arrêta juste à côté de lui sans le quitter des yeux. L’Ulath ne bougeait pas et continuait de regarder droit devant, pendant que la hanche de Rasal le frôlait alors qu’elle détaillait le contenu de la table. Elle brandit les notes de Lorkoch d’un geste désabusé en les parcourant distraitement.

« C’est fou tout ce que les gens sont prêts à faire pour rester en vie », remarqua-t-elle. Puis elle ramassa la fiole vide, qu’elle renifla. Vaïm transpirait et reculait en cherchant un recoin sombre où se cacher, mais Lorkoch restait impassible, les mains croisées et la mâchoire serrée.

Rasal reposa la fiole d’un geste félin, fit le tour de la table, et continua jusqu’au Boucan attaché au pilori. On entendit un frottement sec, un choc sourd puis un borborygme visqueux. Lorkoch tourna la tête, tandis que derrière lui Rasal retirait une lame longue et fine du thorax du prisonnier, qui s’effondrait.

« Oui, parfois il vaut mieux mourir…continuait-elle pensivement. Je veux dire, on accepte tant de choses intolérables, et des tas de gens ont une vie si misérable, qu’il est évident qu’ils seraient mieux morts. »

On ne savait pas à qui elle s’adressait vraiment, Rasal parlait le regard perdu dans les voûtes du plafond, en jouant avec la pointe de sa lame. Le métal de l’arme accrocha subitement un reflet, et le flash eut pour effet incongru de faire sursauter un garde.

La Matriarche sortit de sa rêverie, presque étonnée. Elle se tourna lentement. Cette fois, nul doute qu’elle s’adressait directement à Vaïm, avec un large sourire.

« Je ne t’avais pas oublié. »

Le geôlier incarnait la peur de manière tout à fait convaincante, recroquevillé sous un échafaud.

Rasal revint se placer face à Lorkoch. Le carnet d’aveu toujours dans une main, elle lui effleura une corne du bout des doigts.

« Bien entendu, l’utilisation de mousse rouge a pu déformer ses aveux. Si tes informations s’avèrent erronées, tu paieras. Tu es intelligent, mais fais attention. »

Ce n’était pas vraiment une menace, Lorkoch savait qu’il marquait des points. A vingt ans, ses cornes étaient encore intactes malgré son audace caractérisée, car il savait plier le monde à sa volonté sans dépasser certaines limites. Il aurait facilement pu perdre une corne pour son petit écart alchimique, mais au regard des événements, c’était un risque considéré, car la demi-mesure n’assurait guère la longévité d’un Ulath. Rasal était bien moins clémente envers ceux qui fuyaient leur responsabilités, comme en attestaient les plaintes du pauvre Vaïm, qui réalisait qu’il ne quitterait pas la pièce.

« Tu peux disposer, j’ai une affaire à régler avec ce geôlier. »

Très peu soucieux de connaître le fond de l’histoire, Lorkoch laissa Vaïm aux mains de la Matriarche et referma la porte derrière lui. Il n’était pas encore midi, ce qui lui laissait l’après-midi entier pour préparer son paquetage.


5ème partie - Brumebleue

Après cinq jours de marche, Laya avait fait escale dans chacun des postes annexés depuis le début de la campagne de Brumebleue. Elle s’étouffa de soulagement en apercevant l’entrée du dernier camp. A cette altitude, l’épaisse canopée ne laissait filtrer que de fines aiguilles de lumières à travers les feuillages. Une végétation dense et mortelle recouvrait entièrement la montagne, et entre les arbres, des sentiers et des chemins s’entrelaçaient, se perdaient, se rejoignaient, et égaraient fatalement le visiteur imprudent. La Montagne n’était qu’un énorme labyrinthe, dont il avait été long et fastidieux de percer les secrets.

Laya souriait en traversant le camp. Le désordre qui y régnait aurait été impensable en présence de la Matriarche, même après une victoire. La chasseuse dépassait des tentes éventrées, enjambait des bagages jetés à même le sol, en s’efforçant de ne pas écraser les fêtards endormis. L’endroit était un repère d’Eladrins, des lutins sauvages, qui connaissaient sûrement les heures les plus sombres de leur histoire en ce moment même. En effet, un groupe de soldats lançait les lutins en l’air, qui criaient de leur voix nasillarde si caractéristique. Les nains fusaient dans tout le campement, déclenchant l’hilarité générale à chaque fois, et aucun ne connaissait une fin glorieuse. Lorsque l’un d’eux passa au dessus d’elle en hululant tout du long de sa trajectoire en cloche, Laya eut beaucoup de mal à retenir son geste et à ne pas lui décocher une flèche en plein vol.

Les Eladrins avaient été gênants dans la prise de Brumebleue, mais plus loin, Laya ralentit en croisant le cadavre d’un énorme lézard, à peine entamé. Ces reptiles géants étaient les gardiens de la Montagne, et constituaient les adversaires vraiment dangereux de la région.

Au bout du camp, alors que la végétation commençait enfin à se raréfier, Laya vit deux gardes lui faire signe, et lui montrer une large ouverture entre les feuillages. Elle les remercia en crapahutant sur un chemin où les herbes se disputaient aux cailloux, et rejoint ainsi un plateau rocheux, où se terminait la forêt. Le territoire était à la lisière de Brumebleue, là où la Montagne finissait brusquement pour laisser place aux Forets des Cités Perdues en contrebas, et Laya savait qu’elle marchait à présent sur une de ces falaises frontalières.

Elle profitait de la lumière et du courant d’air froid qui s’écoulait des hauteurs, mais son relâchement fut de courte durée. Brusquement elle se figea d’effroi alors qu’en face d’elle, au beau milieu du plateau rocheux, se dressait un énorme lézard blanc et bleu, qui la fixait de son œil vitreux. Elle banda immédiatement son arc, mais remarqua un détail insolite. Le reptile était harnaché. En outre, il ne semblait pas du tout hostile, et il se détourna de Laya comme on se désintéresserait d’un moucheron.

C’est alors qu’elle remarqua Jok, assis sur un rocher, qui la toisait, la tête posée sur le poing. C’était le chef de guerre le plus laxiste et le plus familier qu’elle eut connu. Le meilleur aussi, en qui Rasal avait placé toute sa confiance, et à qui l’on confiait les plus périlleuses missions. Pour Laya, c’était surtout son frère de sang.

Jok était donc à la tête de l’expédition de Brumebleue depuis le début, et son corps en portaient encore les stigmates. Sa peau couleur de nuit était zébrée de cicatrices et de plaques grises, et sa musculature était proprement terrifiante. Une de ses cornes blanches avait été brisée, puis réparée, une séquelle dont personne ne connaissait réellement l’origine et qui alimentait la rumeur.

Laya désigna le gros reptile.

« Vous avez réussi à en domestiquer ? » demanda-t-elle sans préambule.

« Celui-là, oui. »

« Intéressant… » Laya avait autant d’admiration pour les facilités qu’avaient son frère avec les bêtes, qu’elle avait d’aversion pour son laconisme.

« Alors, quand arrive-t-elle ? » repartit Jok en parlant de Rasal.

« Pour l’instant elle reste au camp à l’entrée de Brumebleue. Ce n’est pas pour te transmettre une date que j’ai fait tout ce chemin » .

Jok ne relevait plus les entorses protocolaires de sa soeur, qui n’avait jamais vu en lui que le frère, et pas le chef.

« C’est incomparable à ce que vous avez accompli à Brumebleue, mais sache que les Boucans ont été démantelés, et qu’il est désormais question de déplacer Tritard ici dès que possible…Tiens, tes ordres dans le détail. » Tout en parlant, Laya lui avait remit un parchemin scellé.

Après avoir parcouru brièvement la note, Jok remarqua :

« Il est question d’abandonner la traque des autres camps en Brumebleue… »

« C’est précisément pour ça que je suis là. »

« Hmmm… » Jok attendait.

« J’ai accompagné la Matriarche depuis son départ de Tritard. Après avoir réglé la question des Boucans, nous avons mis le cap vers l’Ouest en direction de Brumebleue. Tu te souviens du gué qui permet de franchir la frontière des Plaines Fournaises vers la Montagne ? »

« Oui, on est tombé sur des vagabonds à l’époque, mais ils ont fui » se souvint Jok, les yeux pleins de regrets.

« Nous ne pensions pas rencontrer de difficulté, nous… »

« Huuuummmm, je pense bien, puisque les ordres ont changé ! Accouche… »

Un début d’agacement qui satisfaisait Laya suffisamment pour qu’elle en vienne au fait ;

« Une sorcière. Elle est apparue sans crier gare, au beau milieu de nos troupes, et a commis un carnage en quelques secondes. On a réussi à la maîtriser alors qu’elle était sur la Matriarche, qui ne s’est pas laissée faire, comme tu t’en doutes. Elle n’a pas attendu que la sorcière refuse de parler, elle lui a simplement demandé avec quel bras elle exerçait sa magie avec le plus d’efficacité, puis elle lui a arraché l’autre. C’était pas très beau, elle a fait ça comme ça, sans instrument. Bref, c’était une agression assez exceptionnelle, et Rasal a gardé la sorcière captive pour l’interroger. Au final, elle a gardé la sorcière pour ses aptitudes magiques, et sa connaissance de Brumebleue. C’est elle qu’on va charger de dresser une cartographie plus exhaustive de la Montagne, et qui va nous aider à débusquer les tribus restantes. Ah oui, elle déconseille aussi de s’en prendre aux Eladrins, mais ça… »

Jok fit une moue en haussant les épaules.

« Comment s’appelle-t-elle ? »

« Yeta, c’est une humaine originaire des Contrées Sombres, selon ses dires. »

« Et tu dis qu’elle est des nôtres ? »

« Plus ou moins, Rasal la tient sous bonne garde en permanence. »

« Mmh. »

« Oh oui, une dernière chose! J’en ai vu un se détacher du lot lors de la capture de Yeta, un certain Lorkoch. Il faisait beaucoup d’efforts, et Rasal semblait l’apprécier… » Laya faisait des clins d’œil en ricanant.

Jok ne répondit pas. Il saisit sa sœur par la nuque, en maintenant fermement sa prise. Laya rigolait.

« Aïe, Aïe ! Arrête ! »

Il avança avec elle jusqu’au bord du plateau. La Montagne de Brumebleue s’arrêtait brusquement, comme coupée net, et un précipice s’étendait sous leur pied. La vue leur offrait un incroyable panorama, un océan de verdure qui s’étendait à perte de vue. Les Forêts des Cités Perdues venaient buter le long de la roche de Brumebleue, et marquaient l’entrée en territoire neutre. Jok se pencha vers Laya et murmura ;

« Loin au milieu de cette zone, c’est la Vallée d’Orion. Si Rasal n’a plus de travail pour moi ici, tu sais quelle est la prochaine étape de ma division ? »

« Bah elle va quand même pas vous envoyer directement dans les Cités Perdues… »

Laya appréhenda le silence de son frère en le regardant du coin de l’œil.

« C’est quoi votre histoire…? » hasarda-t-elle.

Jok la lâcha, lui rendit le parchemin qu’elle lui avait transmis, puis disparut un instant derrière un rocher. En parcourant les ordres adressés à son frère, Laya constata qu’effectivement, Jok était affecté comme éclaireur dans la zone contestée. Plus curieux était le ton du message, très formel, très officiel.

« Elle te garde à distance… », remarqua-t-elle, taquine.

« Laya ! » Jok revenait avec un Eladrin ligoté sous le bras. Il esquissa un sourire plissé, en fronçant les sourcils. « Cherche pas, et profite de ton temps libre. »

Il posa l’Eladrin au bord de la falaise, en le frappant sur le crâne pour l’attendrir. Il prit son élan, et frappa du pied de toute ses forces dans le lutin étourdi. La victime s’envola au dessus du vide avec une amplitude prodigieuse. Laya gloussa en sortant son arc, et décocha une flèche en travers de l’Eladrin. Le frère et la sœur se félicitaient, en regardant le nain transpercé qui n’en finissait pas de dégringoler vers les Forets des Cités Oubliés.
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